26 février 2025 – Bordeaux
Si vous deviez vous résumer en cinq dates ?
- ✔ 2006 : Avortement, j’ai 14 ans
- ✔ 2009 : Décès de ma belle-mère ; j’ai alors 18 ans.
- ✔ Décembre 2018 : Casting pour le théâtre érotique Chochotte
- ✔ 3 décembre 2022 : Premier Bal des Courtisanes organisé à Bordeaux.
- ✔ 21 janvier 2023 : Premier Banquet Érotique dans un château près de Bordeaux.
VIE PERSO
Racontez-nous un peu d’où vous venez ?
J’ai grandi dans un village en l’Isère, j’avais des parents et un grand frère aimant. Néanmoins, j’ai toujours été une enfant quelque peu différente. À la maternelle, j’étais déjà rejetée par les enfants.
Mes parents se sont séparés lorsque j’avais 11 ans. Un jour, mon père a tout simplement pris ses affaires. Cette période a été marquée par des conflits d’une grande violence surtout avec ma maman.
À l’adolescence, j’étais excessivement complexée, on se moquait beaucoup de moi. J’étais déjà très grande et pas encore “formée” comme la plupart des filles de mon âge. J’ai toujours eu du mal à trouver ma place socialement.
En 5ème, j’étais amoureuse d’un garçon qui attirait beaucoup la convoitise. J’étais prête à tout pour qu’il s’intéresse à moi. Il n’avait qu’un an de plus que moi, et pourtant il était très précoce pour son âge.
Mes premières fois, j’avais 13 ans, je n’étais même pas encore réglée. J’avais peur qu’il me rejette lui aussi, alors je “le” faisais encore et encore à sa demande, dans les couloirs du collège entre deux cours, dans les wc publics, rien ne l’arrêtait. J’ai eu mes premières règles en décembre de cette année-là. Un mois plus tard, j’étais enceinte. Je n’ai rien dit pendant quasiment deux mois puis j’ai fini par me confier à une surveillante, qui a alerté la direction du collège. Mes parents ont été mis au courant, et j’ai avorté à 14 ans. Il m’a pris ma virginité, mon amour propre et mon enfance.
Comment se remet-on d’un tel traumatisme, si jeune ?
On ne s’en remet jamais vraiment, quand on a été bafouée si jeune, c’est difficile d’apprendre à s’aimer. La blessure reste. Mais j’avais une revanche à prendre sur la vie !
Après l’avortement, j’étais fichée comme “la pute du 38”. Mon numéro de téléphone tournait. Je me faisais cracher dessus. J’étais harcelée jusque devant chez moi. Des guet-apens étaient organisés. Une fois, on m’a enfermée dans une pièce et pendant des heures j’ai été violentée. Je ne l’ai raconté à personne. La proviseure du collège m’insultait publiquement de « salope » et m’interdisait tout contact avec les autres élèves. J’ai été la seule à ne pas partir en voyage scolaire. Je passais mes journées seule, la peur au ventre et la rage qui ne cessait de grandir en moi.
Je suis partie en internat à Lyon pour fuir mon village d’origine.
À mes 15 ans, j’ai voulu changer d’identité pour qu’on oublie. J’ai décidé qu’à partir de là, cela serait Andréa, qui est mon deuxième prénom. Je n’ai jamais réussi, encore même aujourd’hui, à faire la paix avec mon prénom de naissance : Julie, et avec ce que ce prénom me renvoie.
J’ai toujours eu une souffrance en moi. Un véritable mal être, un mal de vivre qui me collait à la peau. Les années qui ont suivi ont été marquées par une profonde autodestruction. J’ai souffert d’anorexie, un cri du désespoir ou un appel au secours surement. Un désir inconscient de me désexualiser pour qu’on me fiche la paie. J’ai frôlé la mort. Puis il y a eu aussi la drogue, l’alcool, les relations toxiques et violentes. Sans mentionner, la collection de rapports sexuels non consentis.
La danse a été mon échappatoire. Des instants précieux où je me sentais vivante et me réappropriais mon corps. Je me sentais puissante et irrésistible. Et c’est à ces moments précis que je me suis promis que plus jamais personne n’aura un droit sur moi.
L’EXPERIENCE DANS LE THEATRE EROTIQUE A PARIS
Comment en êtes-vous venus à vous lancer dans le spectacle érotique ?
C’était écrit ! Il n’y a pas de hasard dans la vie.
À 20 ans, j’ai commencé mes études à Londres et pour mon mémoire de fin d’études, j’ai souhaité questionner la représentation du monde patriarchal et de la femme dans le milieu de la danse. Évidemment, j’ai évoqué la pratique de la stripteaseuse — Contribuait-elle à renforcer les stéréotypes de genre de la femme désir ou se réappropriait-elle son corps ? Le sujet m’interpellait déjà profondément. Je ne savais pas que, 8 ans plus tard, je ferai de ce sujet ma réalité, en passant les portes d’un théâtre érotique !
Je rentrais d’un voyage au Pérou, je n’avais pas de taff. Je suis tombée sur une annonce, tout à fait par hasard (ou pas !) – j’ai toujours éprouvé un dégoût profond pour mon corps. J’avais besoin d’en avoir le cœur net. Suis-je trop moche ? pas assez fine ? trop petits mes seins ? Je suis allée me confronter à ma pire peur : être jugée. Et pourtant, en décembre 2018, je passe une audition pour le Théâtre Chochotte et je suis prise.
Ce théâtre érotique, concrètement, ça consistait en quoi ?
Il y avait une ambiance très particulière, presque surréaliste… L’homme à l’accueil était grand, maigre, silencieux, presque cadavérique, et ne disait pas un mot, un peu comme dans la famille Addams. Le théâtre était dirigé par une sorte de mère maquerelle, très autoritaire et souvent hystérique sans aucune raison.
Lors du casting, alors que je dansais comme j’avais l’habitude de faire. Elle m’a lancé : « Fais comme si j’étais l’homme que tu désirais le plus au monde. » Autant dire que le ton était donné.
Chaque jour, on est 8 danseuses, 4 de 12h30 à 18h30 puis 4 de 18h30 h à 12h30. Des shows de 15 minutes se succèdent sans interruption. Chacune a son style et son univers. Il y a aussi des duos lesbiens où nous improvisons à deux sur scène. En parallèle, les clients peuvent demander des shows qu’on appelle des salons privés, avec la ou les danseuses de son choix, 15 minutes pour 70 € de mémoire.
Je ne savais pas qu’il fallait finir intégralement nue ! J’étais de nature très pudique, j’avais tellement horreur de mon corps. Je ne voulais surtout pas qu’on me voit nue. À cette époque, porter un maillot de bain à la plage était un calvaire. D’ailleurs, dans mon intimité, personne ne m’avait encore jamais vue nue !
J’ai créé des numéros puissants, charnels et engagés. Je me suis libérée ! Moi qu’on avait toujours insulté et pointé du doigt. Dans ce lieu, je pouvais être libre, insoumise et séductrice si je le voulais. Ça avait raison d’être ! Je n’ai travaillé que périodiquement au théâtre Chochotte mais ça a changé ma vie pour toujours.
Quelles sont les règles dans ce type de théâtre ?
Le public varie selon les jours. En semaine et en journée, c’est presque exclusivement masculin. Le week-end, l’ambiance est plus jeune, plus festive : on voit parfois arriver des couples, des groupes d’amis, venus « pour le fun du striptease parisien ».
Côté règles, certaines sont très strictes. La première, c’est l’interdiction formelle de donner nos coordonnées personnelles — et ce n’est pas réellement pour notre sécurité, mais pour éviter que les clients puissent nous contacter en direct et que le théâtre perde sa clientèle.
Le but étant de réussir à créer une relation avec eux uniquement au sein du théâtre et à les faire revenir. On travaille donc toutes sous pseudonyme, ce qui permet aussi d’éviter certains débordements. Je n’ai jamais accepté de voir des clients en extérieur. Ce qui se passe entre ces murs restent entre ces murs.
Pendant les shows privés, il y a des limites bien définies. Les clients n’ont pas le droit de toucher nos parties génitales, en revanche, ils peuvent – cela dépend de chacune – toucher nos hanches, nos fesses, et nos seins, voire les lécher. Chaque geste doit être consenti et doit faire l’objet d’une tarification supplémentaire, on touche 30 %. On est totalement libres de refuser ce qu’on ne souhaite pas faire.
Moi je n’ai jamais vraiment été ce qu’on appelait “une cartonneuse”, les salons privés ce n’était pas ma tasse de thé. Je suis faite pour créer et pour la scène.
Et concrètement, quelles sont les demandes particulières des clients ?
Il y en a pour tous les goûts… Certains paient pour voir deux filles s’embrasser, d’autres pour pouvoir se masturber devant nous, ça c’est un classique ! Il y a des fantasmes finalement banals comme celui du sugar daddy, les fétichistes des pieds, les amateurs de BDSM…
Et puis il y a des cas vraiment insolites, par exemple : un client d’une cinquantaine d’années, venu déguisé en médecin, blouse blanche, stéthoscope autour du cou, lampe torche en main. Il jouait le rôle du praticien : « Vous avez mal où ? Vous allez à la selle régulièrement ? ouvrez la bouche que je vous examine. » Et là, il sort sa loupe et me demande de me pencher, de tousser pour « examiner » mon anus ! C’était le salon le plus irréel que j’aie vécu.
Mais il y a aussi des hommes très timides ou très seuls, qui viennent simplement chercher un peu de tendresse. J’ai toujours été attristé de constater que, pour certains, un simple câlin doit s’acheter. J’ai souvent refusé cet argent.
Comme je n’avais pas été mise au courant, mon premier salon privé a été un choc. Le client a sorti son sexe, il était énorme, j’ai détourné le regard et je me suis demandé dans quel lieu j’avais atterri !
Puis, avec le temps, quelque chose change, on s’habitue et on joue avec ça. Ils adorent être complimenté alors complimentons-les. On joue la comédie, toujours, et au fond de nous on rit. J’ai pris conscience de ce qu’un homme était prêt à payer à cause de son désir.
Vaut mieux cela que de transformer sa frustration en violence non ?
J’avais toujours souffert d’être un objet de convoitise, à quoi bon ? Sexualisée, on le sera toujours malgré nous. C’est devenu comme une évidence et j’étais au clair avec ça: Femme désir je l’étais, femme sur qui des hommes pouvaient projeter ses fantasmes je l’étais, mais femme qu’ils n’auraient jamais je l’étais encore plus. Et ça c’était déjà une revanche !
Comment êtes-vous arrivée à Bordeaux ?
J’avais besoin de quitter Paris et Bordeaux m’a choisie. J’ai été prise dans une boite de production audiovisuelle en tant que réalisatrice et vidéaste. Ça n’a pas tenu plus de 2 mois ! J’étais la seule à ne pas avoir été vaccinée. Bref; ça n’a pas “ fité”, et tant mieux parce que je m’y ennuyais atrocement. J’ai dû me réinventer une fois de plus.
C’est à ce moment-là que j’ai créé “les Parenthèses Érotiques” constituées d’ateliers d’effeuillage et de séances photos dans le style Boudoir. Au début, j’étais terrifiée à l’idée de prendre la parole devant un groupe de personnes. Je ne savais pas comment j’allais accompagner ces femmes à s’érotiser et également devant mon objectif, allais-je réussir à ce qu’elles se trouvent belles ? J’ai foncé dans le tas ! Naturelle, sans artifice, avec toute ma bienveillance et mon histoire de vie.
En réalité, nous parlions toutes le même langage et ce, peu importe l’âge. Je me suis reconnue dans ces femmes, et elles se sont reconnues en moi. Elles ont vu ma force et ma ténacité ! Je crois que ça leur a donné espoir ! Il y a eu des pleurs, des rires mais surtout des élans de vie et de liberté. Je me suis sentie pleine de gratitude. Cela fait maintenant 3 ans ! Des femmes j’en ai photographié et j’en ai vu se sublimer ! Et ça recommence en septembre !
LES COURS D’EFFEUILLAGE
En quoi consiste ces « Parenthèses Érotiques » ?
Je ne propose pas des cours d’effeuillage classique. Le terme « effeuillage » ne me convient pas vraiment car il est étroitement rattaché au glamour du burlesque. Je ne respecte pas ces codes.
Il y a mille façons d’être femme et je pense que beaucoup ne se reconnaissent pas dans le burlesque. Je ne suis pas glamour. Je suis charnelle. Je n’ai pas envie de porter des caches-tétons ou de garder ma culotte, je veux me montrer dans mon entièreté, brute sans artifice. Le corps nu n’est pas vulgaire, il est beau et mystique ! Je ne veux pas non plus faire rire mon public, je veux le bouleverser.
J’incarne mon histoire à travers l’art.
À travers des mises en scène, des jeux de rôles et du travail sur les intentions, je partage avec les filles ma vision de l’érotisme où chacune peut exprimer sa personnalité. Je n’impose aucun code vestimentaire. Pour moi ce qui compte n’est pas ce que l’on porte, mais le message que nous véhiculons avec un simple regard.
Mes ateliers consistent principalement à assumer de prendre SA place, de prendre possession de l’espace, de marcher la tête haute, le regard fier. Assumer d’être ! Dans certains de mes exercices, je demande aux filles d’incarner la muse. Elles doivent rester là, sans bouger et se laisser regarder, admirer ! Une muse n’a besoin de rien faire, si ce n’est d’être. J’essaie de leur faire prendre conscience de leur valeur, de leur charme et de leur pouvoir de séduction, dans le but de s’affirmer, de dire non, de refuser, d’accepter, de décider.
L’expérience est brute et authentique. Il n’y a pas de miroirs dans ma salle, ainsi les filles ne se regardent pas elles-mêmes, mais se regardent entre elles puisque dans la vie de tous les jours c’est bien le regard des autres que nous craignons.

Quelle est l’organisation de ces cours et ses séances photo?
Jusqu’à maintenant je proposais ces ateliers une fois par mois, sous deux formats : l’un ouvert à toutes, de façon ponctuelle, et l’autre de manière suivie (inscription à l’année). Cette année, j’ai accompagné plusieurs d’entre elles à créer leur numéro “sans cache-téton” ! L’envie de se mettre en scène fait partie intégrante de leur cheminement personnel vers l’acceptation et l’amour de leur corps. Je suis tellement fière d’elles ! Je les vois, toutes avec leur singularité, devenir des femmes libres et puissantes.
J’organise aussi des séances de shooting photo dans une ambiance boudoir, avec une esthétique inspirée des tableaux d’époques. Je photographie des femmes mais aussi depuis 2 ans, des couples, des familles et des hommes. En parlant d’homme, j’ai proposé mon tout premier atelier dédié aux hommes cette année !
Quel est le profil des femmes qui viennent à ces cours ?
Je remarque une forte présence de femmes d’environ 40 ans et plus, souvent marquées par leurs expériences de vie et désireuses de se ré-apprivoiser. Néanmoins des femmes de tout âge viennent, de 20 à 60 ans ! Ces ateliers leur offrent un espace pour se reconnecter avec leur féminité et redéfinir leur image personnelle. Elles trouvent aussi cette part d’érotisme assumée et une liberté qu’elles ne retrouvent pas dans les cours d’effeuillage plus classiques.
LES SPECTACLES EROTIQUES
Expliquez-nous comment vous est venu l’idée de vos spectacles érotiques et immersifs comme Le Bal des Courtisanes ou Le Banquet Érotique ?
Tout a commencé par ma fascination pour les ambiances boudoirs, l’univers des courtisanes, et des déesses de la mythologie. J’ai toujours adoré m’identifier aux parcours de ces artistes et séductrices libres et émancipées. Je me suis inventée cette vie fantasque dans laquelle j’étais une muse !
J’ai eu cette envie folle de créer quelque chose d’absolument unique, incomparable et ouvertement érotique. J’imaginais des spectacles immersifs qui mêleraient l’art avec l’érotisme et l’élégance d’antan. J’ai fait appel à des anciennes complices du Chochotte qui se reconnaissent dans ce projet. C’est comme cela que « Les Fiancées de la Lune » ont vu le jour.
J’ai eu la chance de rencontrer le programmateur des Vivres de l’Art à Bordeaux qui a immédiatement adhéré à l’idée. C’est ainsi que j’ai ouvert le “Bal des Courtisanes”. Les 150 places pour l’événement (à 60€ la place sans repas) se sont vendues en quelques heures, ce qui m’a permis de financer les décors, et tous les éléments qui ont contribué à créer cette atmosphère particulière.
Fort de ce succès, nous avons décidé de renouveler l’expérience, nous avons joué le Bal des Courtisanes pour la Saint-Valentin deux soirs de suite avec un repas (100€ la place) – 200 places vendues, puis nous avons créé d’autres spectacles : Hôtel Erotica et ainsi de suite.

Quel est le concept de ces soirées ?
Le Bal des Courtisanes par exemple est un spectacle érotique et immersif de 2h30, mêlant tous les arts : danse, chant lyrique, théâtre, musique live, strip tease… Le public est spectateur mais se retrouve au cœur de la performance. Il se voit, parfois, invité à devenir participant.
Dans nos spectacles, nous incarnons le rôle des “courtisanes”, nous retranscrivons l’atmosphère feutrée et intimiste d’une époque où les plaisirs et l’extravagance n’étaient pas réprimés. Chaque tableau est pensé comme une histoire à part entière, avec son propre univers et sa propre narration.
Nous incarnons des femmes libres et vibrantes, affranchies des tabous et de la bienséance. Nous redonnons au désir ses lettres de noblesse. Nous allons jusqu’au nu intégral quand l’histoire le justifie. La nudité pour nous, touche au sublime. Dans nos spectacles, le corps est mystifié, déifié et la figure féminine apparaît comme toute-puissante. Nous sommes maîtresses de notre corps et jouons du trouble que nous suscitons, tirant sans vergogne les ficelles de l’ancestral jeu du pouvoir de séduction.
Le public sort de là souvent bouleversé, car c’est une expérience unique. On leur offre un véritable voyage à travers le temps.
Le Banquet érotique est un peu différent. C’est une expérience beaucoup plus immersive qui dure plus de 4h, un peu dans l’esprit de Eyes Wide Shut. L’événement se déroule dans un château, le public ( 30 convives) vient masqué et en costume. Le spectacle se déroule en plein milieu des convives qui mangent, boivent et interagissent avec nous, les maîtresses de cérémonie.
C’est un moment hors du temps où chaque détail compte : les décors, les costumes, l’ambiance. Ce repas est ponctué par des performances de chacune de nous trois, selon nos spécialités : danse des sept voiles, chant lyrique, et un striptease plus ludique et participatif. Pour clôturer la soirée, les invités accèdent à une salle plus intimiste. Le dessert est cette fois servi sur un corps nu, à la manière du Nyotaimori au Japon.
Quel profil de spectateur hommes et Femmes ?
Il y a beaucoup de couples, ainsi que quelques hommes ou femmes seuls. Il y a peu de groupes de filles ou de garçons. J’aimerais vraiment attirer plus de groupes d’ami.es , faire de ces soirées une expérience pas uniquement dédiés aux couples. Je pense que tout le monde peut admirer cet art !
Vous êtes trois filles, mais y a-t-il parfois des hommes ? Cela pourrait peut-être attirer plus de filles en groupe ?
Je crée surtout des spectacles avec des femmes, parce que c’est là que je trouve le plus de puissance. Je crois que je ne sais pas vraiment érotiser le corps des hommes, ou en tout cas, je ne l’ai pas encore fait. Je ne dis pas que ce n’est pas faisable, j’y ai réfléchi, mais pour l’instant, mes créations se concentrent sur les femmes. C’est ce qui m’inspire le plus.
Comment promouvoir vos spectacles compte tenu des censures des réseaux ?
C’est effectivement un défi, surtout avec des plateformes comme Instagram qui sont très strictes. Je me fais régulièrement bloquer pour des publications, même si elles ne sont pas explicites. Au début, pour le Bal des Courtisanes, j’ai eu la chance d’obtenir un article gratuit dans Le BonBon à Bordeaux, mais autrement, il faut payer très cher pour faire parler de nous sur les médias. Donc, se faire connaître reste compliqué, d’autant plus que la censure est omniprésente. J’ai beaucoup de mal à faire vivre mon art. C’est décourageant et éprouvant.
Pourtant, il y a des preuves formelles que ce que nous proposons n’est pas anodin et marquent les esprits.
Comment gagnes-tu ta vie ?
Cela fait trois ans que je dédie ma vie à mes projets sans pouvoir me rémunérer. Je suis dans une situation précaire, je cours sans relâche après l’argent. Je vais avoir 34 ans, j’ai une date de péremption dans mon métier !
Blague à part, je suis très soucieuse de mon avenir. J’aimerais pouvoir juste gagner ma vie car je travaille sans cesse ! Je réfléchis souvent à comment pérenniser mon activité. C’est triste quand même, j’ai passé toute ma vie à me sentir perdue et ne pas savoir ce que je voulais être, J’ai enfin trouvé ma voix et voilà que je vais surement devoir tout arrêter.