Andréa ou l’Art de se réapproprier son corps

Andréa La Fiancée de la Lune

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Andréa La Fiancée de la Lune

Danseuse, Photographe, Créatrice de spectacles érotiques et des cours d'effeuillage aux accents érotiques

J’ai rencontré Andréa dans mes bureaux aux Grands Hommes, sur la recommandation d’une lectrice qui m’avait parlé de ses cours d’effeuillage. Dès les premiers instants, je découvre une jeune femme sublime, d’une sincérité désarmante, profondément intelligente et ancrée, portée par une passion communicative et une envie sincère de partager son parcours. Andréa me raconte son enfance et son adolescence avec une grande sensibilité, beaucoup d’émotion… et une bonne dose d’humour, même dans les zones d’ombre où le rire semble parfois difficile à trouver. J’ai rarement été aussi touchée par une rencontre. Aujourd’hui, Andréa transmet sa vision de la sensualité et de la liberté à travers des cours d’effeuillage érotique où chaque femme est invitée à reprendre possession de son corps, et sans jugement. Elle organise également à Bordeaux des spectacles érotiques immersifs d’une qualité rare, dans des lieux atypiques, parfois des châteaux, avec une esthétique soignée qui évoque l’univers mystique de l'érotisme d'époque. Une érotisation du regard et des corps, toujours élégante, jamais gratuite. Son parcours de vie, marqué par des épreuves lourdes, l’a menée à faire de la danse et de l’érotisme un véritable acte de réappropriation de soi. Andréa explore et transmet le pouvoir du corps, non comme un objet, mais comme un outil de reconquête, de guérison et de puissance.

26 février 2025 – Bordeaux

Si vous deviez vous résumer en cinq dates ?

  • ✔ 2006 : Avortement, j’ai 14 ans
  • ✔ 2009 : Décès de ma belle-mère ; j’ai alors 18 ans.
  • ✔ Décembre 2018 : Casting pour le théâtre érotique Chochotte
  • ✔ 3 décembre 2022 : Premier Bal des Courtisanes organisé à Bordeaux.
  • ✔ 21 janvier 2023 : Premier Banquet Érotique dans un château près de Bordeaux.

VIE PERSO

Racontez-nous un peu d’où vous venez ?

J’ai grandi dans un village en l’Isère, j’avais des parents et un grand frère aimant. Néanmoins, j’ai toujours été une enfant quelque peu différente. À la maternelle, j’étais déjà rejetée par les enfants.
Mes parents se sont séparés lorsque j’avais 11 ans. Un jour, mon père a tout simplement pris ses affaires. Cette période a été marquée par des conflits d’une grande violence surtout avec ma maman.

À l’adolescence, j’étais excessivement complexée, on se moquait beaucoup de moi. J’étais déjà très grande et pas encore “formée” comme la plupart des filles de mon âge. J’ai toujours eu du mal à trouver ma place socialement.

En 5ème, j’étais amoureuse d’un garçon qui attirait beaucoup la convoitise. J’étais prête à tout pour qu’il s’intéresse à moi. Il n’avait qu’un an de plus que moi, et pourtant il était très précoce pour son âge.

Comment se remet-on d’un tel traumatisme, si jeune ?

On ne s’en remet jamais vraiment, quand on a été bafouée si jeune, c’est difficile d’apprendre à s’aimer. La blessure reste. Mais j’avais une revanche à prendre sur la vie !

Après l’avortement, j’étais fichée comme “la pute du 38”. Mon numéro de téléphone tournait. Je me faisais cracher dessus. J’étais harcelée jusque devant chez moi. Des guet-apens étaient organisés. Une fois, on m’a enfermée dans une pièce et pendant des heures j’ai été violentée. Je ne l’ai raconté à personne. La proviseure du collège m’insultait publiquement de « salope » et m’interdisait tout contact avec les autres élèves. J’ai été la seule à ne pas partir en voyage scolaire. Je passais mes journées seule, la peur au ventre et la rage qui ne cessait de grandir en moi.

Je suis partie en internat à Lyon pour fuir mon village d’origine.

J’ai toujours eu une souffrance en moi. Un véritable mal être, un mal de vivre qui me collait à la peau. Les années qui ont suivi ont été marquées par une profonde autodestruction. J’ai souffert d’anorexie, un cri du désespoir ou un appel au secours surement. Un désir inconscient de me désexualiser pour qu’on me fiche la paie. J’ai frôlé la mort. Puis il y a eu aussi la drogue, l’alcool, les relations toxiques et violentes. Sans mentionner, la collection de rapports sexuels non consentis.

L’EXPERIENCE DANS LE THEATRE EROTIQUE A PARIS

Comment en êtes-vous venus à vous lancer dans le spectacle érotique ?

C’était écrit ! Il n’y a pas de hasard dans la vie.

Je rentrais d’un voyage au Pérou, je n’avais pas de taff. Je suis tombée sur une annonce, tout à fait par hasard (ou pas !) – j’ai toujours éprouvé un dégoût profond pour mon corps. J’avais besoin d’en avoir le cœur net. Suis-je trop moche ? pas assez fine ? trop petits mes seins ? Je suis allée me confronter à ma pire peur : être jugée. Et pourtant, en décembre 2018, je passe une audition pour le Théâtre Chochotte et je suis prise.

Ce théâtre érotique, concrètement, ça consistait en quoi ?

Il y avait une ambiance très particulière, presque surréaliste… L’homme à l’accueil était grand, maigre, silencieux, presque cadavérique, et ne disait pas un mot, un peu comme dans la famille Addams. Le théâtre était dirigé par une sorte de mère maquerelle, très autoritaire et souvent hystérique sans aucune raison.

Chaque jour, on est 8 danseuses, 4 de 12h30 à 18h30 puis 4 de 18h30 h à 12h30. Des shows de 15 minutes se succèdent sans interruption. Chacune a son style et son univers. Il y a aussi des duos lesbiens où nous improvisons à deux sur scène. En parallèle, les clients peuvent demander des shows qu’on appelle des salons privés, avec la ou les danseuses de son choix, 15 minutes pour 70 € de mémoire.
Je ne savais pas qu’il fallait finir intégralement nue ! J’étais de nature très pudique, j’avais tellement horreur de mon corps. Je ne voulais surtout pas qu’on me voit nue. À cette époque, porter un maillot de bain à la plage était un calvaire. D’ailleurs, dans mon intimité, personne ne m’avait encore jamais vue nue !

Quelles sont les règles dans ce type de théâtre ?

Le public varie selon les jours. En semaine et en journée, c’est presque exclusivement masculin. Le week-end, l’ambiance est plus jeune, plus festive : on voit parfois arriver des couples, des groupes d’amis, venus « pour le fun du striptease parisien ».

Le but étant de réussir à créer une relation avec eux uniquement au sein du théâtre et à les faire revenir. On travaille donc toutes sous pseudonyme, ce qui permet aussi d’éviter certains débordements. Je n’ai jamais accepté de voir des clients en extérieur. Ce qui se passe entre ces murs restent entre ces murs.
Pendant les shows privés, il y a des limites bien définies. Les clients n’ont pas le droit de toucher nos parties génitales, en revanche, ils peuvent – cela dépend de chacune – toucher nos hanches, nos fesses, et nos seins, voire les lécher. Chaque geste doit être consenti et doit faire l’objet d’une tarification supplémentaire, on touche 30 %. On est totalement libres de refuser ce qu’on ne souhaite pas faire.

Et concrètement, quelles sont les demandes particulières des clients ?

Il y en a pour tous les goûts… Certains paient pour voir deux filles s’embrasser, d’autres pour pouvoir se masturber devant nous, ça c’est un classique ! Il y a des fantasmes finalement banals comme celui du sugar daddy, les fétichistes des pieds, les amateurs de BDSM…

Mais il y a aussi des hommes très timides ou très seuls, qui viennent simplement chercher un peu de tendresse. J’ai toujours été attristé de constater que, pour certains, un simple câlin doit s’acheter. J’ai souvent refusé cet argent.

Comme je n’avais pas été mise au courant, mon premier salon privé a été un choc. Le client a sorti son sexe, il était énorme, j’ai détourné le regard et je me suis demandé dans quel lieu j’avais atterri !

Vaut mieux cela que de transformer sa frustration en violence non ?


J’avais toujours souffert d’être un objet de convoitise, à quoi bon ? Sexualisée, on le sera toujours malgré nous. C’est devenu comme une évidence et j’étais au clair avec ça: Femme désir je l’étais, femme sur qui des hommes pouvaient projeter ses fantasmes je l’étais, mais femme qu’ils n’auraient jamais je l’étais encore plus. Et ça c’était déjà une revanche !

Comment êtes-vous arrivée à Bordeaux ?

J’avais besoin de quitter Paris et Bordeaux m’a choisie. J’ai été prise dans une boite de production audiovisuelle en tant que réalisatrice et vidéaste. Ça n’a pas tenu plus de 2 mois ! J’étais la seule à ne pas avoir été vaccinée. Bref; ça n’a pas “ fité”, et tant mieux parce que je m’y ennuyais atrocement. J’ai dû me réinventer une fois de plus.

C’est à ce moment-là que j’ai créé “les Parenthèses Érotiques” constituées d’ateliers d’effeuillage et de séances photos dans le style Boudoir. Au début, j’étais terrifiée à l’idée de prendre la parole devant un groupe de personnes. Je ne savais pas comment j’allais accompagner ces femmes à s’érotiser et également devant mon objectif, allais-je réussir à ce qu’elles se trouvent belles ? J’ai foncé dans le tas ! Naturelle, sans artifice, avec toute ma bienveillance et mon histoire de vie.

En réalité, nous parlions toutes le même langage et ce, peu importe l’âge. Je me suis reconnue dans ces femmes, et elles se sont reconnues en moi. Elles ont vu ma force et ma ténacité ! Je crois que ça leur a donné espoir ! Il y a eu des pleurs, des rires mais surtout des élans de vie et de liberté. Je me suis sentie pleine de gratitude. Cela fait maintenant 3 ans ! Des femmes j’en ai photographié et j’en ai vu se sublimer ! Et ça recommence en septembre !

LES COURS D’EFFEUILLAGE

En quoi consiste ces « Parenthèses Érotiques » ?

Je ne propose pas des cours d’effeuillage classique. Le terme « effeuillage » ne me convient pas vraiment car il est étroitement rattaché au glamour du burlesque. Je ne respecte pas ces codes.

J’incarne mon histoire à travers l’art.
À travers des mises en scène, des jeux de rôles et du travail sur les intentions, je partage avec les filles ma vision de l’érotisme où chacune peut exprimer sa personnalité. Je n’impose aucun code vestimentaire. Pour moi ce qui compte n’est pas ce que l’on porte, mais le message que nous véhiculons avec un simple regard.

Mes ateliers consistent principalement à assumer de prendre SA place, de prendre possession de l’espace, de marcher la tête haute, le regard fier. Assumer d’être ! Dans certains de mes exercices, je demande aux filles d’incarner la muse. Elles doivent rester là, sans bouger et se laisser regarder, admirer ! Une muse n’a besoin de rien faire, si ce n’est d’être. J’essaie de leur faire prendre conscience de leur valeur, de leur charme et de leur pouvoir de séduction, dans le but de s’affirmer, de dire non, de refuser, d’accepter, de décider.

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Quelle est l’organisation de ces cours et ses séances photo?

Jusqu’à maintenant je proposais ces ateliers une fois par mois, sous deux formats : l’un ouvert à toutes, de façon ponctuelle, et l’autre de manière suivie (inscription à l’année). Cette année, j’ai accompagné plusieurs d’entre elles à créer leur numéro “sans cache-téton” ! L’envie de se mettre en scène fait partie intégrante de leur cheminement personnel vers l’acceptation et l’amour de leur corps. Je suis tellement fière d’elles ! Je les vois, toutes avec leur singularité, devenir des femmes libres et puissantes.

Quel est le profil des femmes qui viennent à ces cours ?

Je remarque une forte présence de femmes d’environ 40 ans et plus, souvent marquées par leurs expériences de vie et désireuses de se ré-apprivoiser. Néanmoins des femmes de tout âge viennent, de 20 à 60 ans ! Ces ateliers leur offrent un espace pour se reconnecter avec leur féminité et redéfinir leur image personnelle. Elles trouvent aussi cette part d’érotisme assumée et une liberté qu’elles ne retrouvent pas dans les cours d’effeuillage plus classiques.

LES SPECTACLES EROTIQUES

Expliquez-nous comment vous est venu l’idée de vos spectacles érotiques et immersifs comme Le Bal des Courtisanes ou Le Banquet Érotique ?

Tout a commencé par ma fascination pour les ambiances boudoirs, l’univers des courtisanes, et des déesses de la mythologie. J’ai toujours adoré m’identifier aux parcours de ces artistes et séductrices libres et émancipées. Je me suis inventée cette vie fantasque dans laquelle j’étais une muse !


J’ai eu la chance de rencontrer le programmateur des Vivres de l’Art à Bordeaux qui a immédiatement adhéré à l’idée. C’est ainsi que j’ai ouvert le “Bal des Courtisanes”. Les 150 places pour l’événement (à 60€ la place sans repas) se sont vendues en quelques heures, ce qui m’a permis de financer les décors, et tous les éléments qui ont contribué à créer cette atmosphère particulière.

Fort de ce succès, nous avons décidé de renouveler l’expérience, nous avons joué le Bal des Courtisanes pour la Saint-Valentin deux soirs de suite avec un repas (100€ la place) – 200 places vendues, puis nous avons créé d’autres spectacles : Hôtel Erotica et ainsi de suite.

Andrea nue

Quel est le concept de ces soirées ?


Dans nos spectacles, nous incarnons le rôle des “courtisanes”, nous retranscrivons l’atmosphère feutrée et intimiste d’une époque où les plaisirs et l’extravagance n’étaient pas réprimés. Chaque tableau est pensé comme une histoire à part entière, avec son propre univers et sa propre narration.


Nous incarnons des femmes libres et vibrantes, affranchies des tabous et de la bienséance. Nous redonnons au désir ses lettres de noblesse. Nous allons jusqu’au nu intégral quand l’histoire le justifie. La nudité pour nous, touche au sublime. Dans nos spectacles, le corps est mystifié, déifié et la figure féminine apparaît comme toute-puissante. Nous sommes maîtresses de notre corps et jouons du trouble que nous suscitons, tirant sans vergogne les ficelles de l’ancestral jeu du pouvoir de séduction.


Le public sort de là souvent bouleversé, car c’est une expérience unique. On leur offre un véritable voyage à travers le temps.

C’est un moment hors du temps où chaque détail compte : les décors, les costumes, l’ambiance. Ce repas est ponctué par des performances de chacune de nous trois, selon nos spécialités : danse des sept voiles, chant lyrique, et un striptease plus ludique et participatif. Pour clôturer la soirée, les invités accèdent à une salle plus intimiste. Le dessert est cette fois servi sur un corps nu, à la manière du Nyotaimori au Japon.

Quel profil de spectateur hommes et Femmes ?

Il y a beaucoup de couples, ainsi que quelques hommes ou femmes seuls. Il y a peu de groupes de filles ou de garçons. J’aimerais vraiment attirer plus de groupes d’ami.es , faire de ces soirées une expérience pas uniquement dédiés aux couples. Je pense que tout le monde peut admirer cet art !

Vous êtes trois filles, mais y a-t-il parfois des hommes ? Cela pourrait peut-être attirer plus de filles en groupe ?

Je crée surtout des spectacles avec des femmes, parce que c’est là que je trouve le plus de puissance. Je crois que je ne sais pas vraiment érotiser le corps des hommes, ou en tout cas, je ne l’ai pas encore fait. Je ne dis pas que ce n’est pas faisable, j’y ai réfléchi, mais pour l’instant, mes créations se concentrent sur les femmes. C’est ce qui m’inspire le plus.

Comment promouvoir vos spectacles compte tenu des censures des réseaux ?

C’est effectivement un défi, surtout avec des plateformes comme Instagram qui sont très strictes. Je me fais régulièrement bloquer pour des publications, même si elles ne sont pas explicites. Au début, pour le Bal des Courtisanes, j’ai eu la chance d’obtenir un article gratuit dans Le BonBon à Bordeaux, mais autrement, il faut payer très cher pour faire parler de nous sur les médias. Donc, se faire connaître reste compliqué, d’autant plus que la censure est omniprésente. J’ai beaucoup de mal à faire vivre mon art. C’est décourageant et éprouvant.
Pourtant, il y a des preuves formelles que ce que nous proposons n’est pas anodin et marquent les esprits.

Comment gagnes-tu ta vie ?

Blague à part, je suis très soucieuse de mon avenir. J’aimerais pouvoir juste gagner ma vie car je travaille sans cesse ! Je réfléchis souvent à comment pérenniser mon activité. C’est triste quand même, j’ai passé toute ma vie à me sentir perdue et ne pas savoir ce que je voulais être, J’ai enfin trouvé ma voix et voilà que je vais surement devoir tout arrêter.

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