L’Australienne qui aimait les fleurs

Bindi Menzies

Bindi Menzies

Fondatrice de la Pétalerie à Bruges

Bindi Menzies, Australienne installée à Bordeaux depuis plus de 10 ans, vient de lancer une ferme florale à Bruges. C’est dans un restaurant du Bouscat que je la rencontre. Dès qu’elle entre, son rire communicatif emplit la pièce, et son accent ajoute une touche d’exotisme à notre échange. Nous naviguons entre l’anglais et le français, que Bindi manie avec aisance, même si son accent trahit son origine. Avant de plonger dans la conversation, je ne peux m’empêcher de clarifier deux questions essentielles qui titillent forcément l’imaginaire collectif. D’abord, oui, les Australiens sont plus grands et plus musclés que les Français (souvenez-vous du bateau de la délégation australienne sur la Seine aux JO !!). Ensuite, pour satisfaire à notre curiosité malsaine, Bindi confirme : en Australie, les attaques de requins existent bel et bien, et le pays abrite une faune impressionnante de serpents et d’araignées parmi les plus dangereux au monde. Une fois ces clichés évacués, nous passons aux choses sérieuses : découvrir l’univers de Bindi et sa nouvelle aventure florale.

11 novembre 2024 – Le Bouscat

Si tu devais te résumer en cinq dates ?

Je dirais d’abord mon troisième anniversaire, le 12 mars 1984. Nous vivons à 2h à l’ouest de Melbourne, à la campagne. Ce jour-là, mes parents m’offrent mon premier chiot, Cindy (parce que ça rime avec Bindi !). J’ai depuis ce jour une fascination et une passion pour les animaux !

Ensuite, le 31 août 1996. J’ai 15 ans, et je pars cinq mois à Bordeaux dans le cadre d’un voyage linguistique. Mon lycée offrait la possibilité de passer quelques mois à l’étranger : en Finlande, en Italie, ou en France par exemple. Je venais de commencer à apprendre le français, alors je choisis la France et me retrouve à Bordeaux, accueillie par une famille.

En mars 2000, début de ma vie étudiante à Melbourne : criminologie, sociologie, et droit. Je veux combattre les injustices, le racisme et je me vois devenir avocate pénaliste.

En septembre 2011, je m’installe à Madrid en famille pour trois années géniales de vie à l’espagnole.

Le 14 février 2024, reconversion et diplômée en horticulture, je récupère les clefs du terrain pour la Pétalerie ! mon rêve devient enfin réalité !

Depuis quand vis-tu à Bordeaux ?

Après avoir quitté Melbourne, j’ai vécu à Paris pendant 5 ans. Je n’ai pas beaucoup aimé, j’ai trouvé la vie professionnelle compliquée, très hiérarchique, et la vie sur place chère, trop rapide. La fille de la campagne n’a pas beaucoup aimé ! Ensuite, cela a été Madrid pendant trois ans. J’ai adoré la ville, les gens, le rythme. Puis, je suis arrivée à Bordeaux en 2014, les débuts ont été durs. Aujourd’hui, je vis à Bruges avec mes enfants, c’est devenu ma ville.

Qu’est-ce qui te manque le plus de l’Australie ?

Ma famille ! et le café ! Le café est tellement meilleur à Melbourne.

(Je demande à Bindi le café australien jouit d’une telle réputation, un sujet que j’ai souvent entendu évoquer)

Je crois que cela remonte à une grande vague d’immigration italienne et grecque autour de la deuxième guerre mondiale. Ils ont apporté avec eux leur culture exigeante du café, qui s’est mêlée à une culture du thé déjà bien implantée en Australie par les anglais et les irlandais. Cette fusion a donné naissance à une véritable institution à Melbourne.

Qu’est ce qui te manque le moins ?

Les araignées ! Pas celles qui sont petites et très dangereuses, car on les croise rarement. Non, ma phobie, ce sont huntsman, de grosses araignées poilues, comme des bébés tarentules, qu’on retrouve souvent dans les coins des pièces. Elles sont inoffensives, mais absolument terrifiantes. Cela dit, pour être honnête, en Australie, le vrai danger, ce ne sont ni les insectes ni les requins, mais les cancers de la peau !

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Tu as ouvert cette année la Pétalerie. Peux-tu nous en dire plus ?

La Pétalerie est une ferme florale que j’ai inauguré en février 2024. Elle s’étend sur un terrain de 7000m2, situé à Bruges à proximité de l’arrêt de Tramway La Vache. J’y cultive des fleurs que je vends aux particuliers, aux grossistes et aux fleuristes.

Comment s’improvise t’on floricultrice à 43 ans ?

Champ De Fleurs

J’ai donc grandi dans cet univers, passant toutes mes vacances avec ma mère et mes frères et sœurs à planter, entretenir des arbustes et cultiver la terre. L’idée de devenir fleuriste m’avait déjà effleuré l’esprit il y a plusieurs années, mais le temps a passé. Aujourd’hui, à 43 ans je réalise enfin ce rêve.

Comment as-tu trouvé le terrain pour installer ta ferme florale?

Avec beaucoup, beaucoup d’efforts ! J’habite à Bruges et j’ai contacté toutes les mairies des environs. L’accueil a toujours été bienveillant et enthousiaste, mais rien n’a abouti. Finalement j’ai repéré ce terrain idéal à Bruges.

Le promoteur immobilier, Vilogia, a été séduit par mon projet et m’a fait confiance. Ils m’ont cédé l’usage du terrain gratuitement pour deux ans.

Quel est l’intérêt d’un promoteur immobilier privé à te laisser gratuitement exploiter son terrain ?

Cela leur permet également de renforcer leur image en tant qu’acteur engagé dans le tissu urbain. C’est une solution gagnant-gagnant pour tout le monde.

Dans deux ans, tu devras quitter le terrain et recréer la Pétalerie ailleurs. Ce n’est pas un peu décourageant ?

Pas du tout ! Tout dépend de l’état d’esprit avec lequel on aborde les choses. Pour moi, c’est une formidable opportunité de faire grandir mon projet, d’innover et d’apprendre. Cette transition fait partie intégrante du processus, et dans deux ans, il ne s’agira pas de repartir de zéro, bien au contraire : ce sera une continuité, enrichie de tout ce que j’aurai construit d’ici là.

Quel est le business model de la Pétalerie ?

Vendre des fleurs, tout simplement !

La Pétalerie est une ferme dédiée aux fleurs coupées, principalement des variétés que l’on ne trouve pas chez les fleuristes traditionnels. Certaines fleurs, comme les dahlias par exemple, voyagent mal et ne sont pas rentables pour les circuits classiques. Mon principal atout, c’est la proximité !

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A qui vends-tu tes fleurs ?

J’ai trois types de clients principaux.

D’abord, il y a les particuliers qui viennent acheter en direct. Je propose également mes fleurs pour des évènements comme les mariages, les baptêmes ou encore des fêtes d’entreprise.

Ensuite, certains fleuristes me contactent, souvent via instagram, car ils apprécient mon projet et souhaitent s’approvisionner localement.

Enfin, j’ai la chance de collaborer avec un grossiste intermédiaire. Dans la région, les néerlandais d’Agora consacrent une partie de leur halle aux producteurs locaux. C’est une belle opportunité, car la demande pour les produits locaux augmentent, tandis que l’offre reste limitée, surtout en milieu urbain.

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La culture change peu à peu. Les gens commencent à réaliser que ces fleurs parfaites que l’on voit dans les magazines sont produites en masse, souvent grâce à des produits chimiques. A l’inverse, les fleurs locales, un peu plus fragiles et imparfaites, sont façonnées par la nature elle-même. Et c’est justement dans cette authenticité que réside tout leur charme.

Après plus de dix ans à Bordeaux, quelle est ton impression des bordelais ?

Après avoir beaucoup voyagé et vécu dans différentes villes et pays, je me rends compte que les gens sont fondamentalement les mêmes partout.

Ces dernières années, j’ai eu de la chance de croiser des personnes formidables ici à Bordeaux. Depuis la période du covid, et avec les épreuves comme la guerre en Ukraine, j’ai remarqué un bel élan de générosité dans la ville.

les recos d'Atypical

ses rubriques atypiques

007 in Bordeaux

Deux idées me viennent.

D’abord il faut imaginer le début d’un triathlon à Bombannes, les rues remplies de monde, des chemins de sable en VTT vers l’océan, dans les pins. On imagine une course poursuite vers l’océan, avec pourquoi pas le héros qui s’enfuit en Kite surf ?

Une autre idée, est celle d’une course à cheval au galop dans les vignes, avec une scène dans le chai et les cuves de fin qui explosent !

Bordeaux en 2050

J’imagine et j’espère, encore plus de végétalisation, plus de transports en commun (le tram sur les boulevards !) et les voitures bannies du centre-ville !

Résolutions 2025

Avoir un bilan carbone négatif. Compliqué quand on voyage en avion en Australie, mais je peux le faire au niveau de la Pétalerie !

Et sinon résolution que j’applique depuis quelques années est d’éviter tous les plastiques à usage unique.

Missing in Bordeaux

  • Le tram sur les boulevards
  • Un train direct pour Lacanau
  • Ma famille !

C’était mieux avant ….ou pas

Mais rien ! c’était sombre et sale avant ! c’est tellement mieux maintenant !

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