9 décembre 2024 – Bordeaux
Si vous deviez vous résumer en cinq dates ?
8 juillet 1982 – France-Allemagne à Séville.
La blessure de Battiston après le choc avec Schumacher m’a profondément marqué.
26 mai 1993 – La victoire de l’Olympique de Marseille en Ligue des Champions
Un événement inoubliable pour le supporter de l’OM que j’étais. C’est ce qui m’a donné envie de travailler dans le sport et de rêver de devenir président d’un club de football.
21 mars 2007 – Naissance de mon premier fils, Paolo et mariage avec Fanny sur l’île de Porquerolles. Une étape importante. Un tournant dans ma vie. À cette époque, je suis marié, papa, et je remonte à Paris pour travailler chez Pernod Ricard après quelques années à Marseille.
16 septembre 2017 – Entretien avec Nicolas de Tavernost
Une rencontre décisive pour rejoindre les Girondins de Bordeaux après 5 ans chez Nike.
13 mars 2021 – Le début de mon périple à vélo pour traverser les Pyrénées
Avec quatre potes, nous décidons de traverser les Pyrénées et de lever des fonds pour la Fondation Recherche Alzheimer
Son parcours aux Girondins et à l’UBB
Vous êtes passionné de football depuis toujours et avez mené une brillante carrière dans de grandes entreprises comme Pernod Ricard et Nike. En 2017, Nicolas de Tavernost vous recrute pour reprendre la direction commerciale et communication des Girondins de Bordeaux. Comment cela s’est-il passé ?
C’était un rêve d’enfant ! En 2017, un chasseur de têtes m’a contacté pour un poste aux Girondins. Ils cherchaient quelqu’un venant d’un autre secteur, avec une expérience internationale, pour prendre en charge les aspects commerciaux et communicationnels du club (billetterie, sponsoring, magasins).
Je ne comprends pas tout de suite en rencontrant Nicolas de Tavernost, qu’ils sont en parallèle en discussion pour revendre le club à des investisseurs américains. Il s’agit de « rhabiller la mariée ». De construire une équipe plus internationale, plus étoffée pour plaire aux fonds d’investissements américains.
Quelle est l’ambiance aux Girondins de Bordeaux à votre arrivée en 2018 ?
Ce n’est pas terrible. Le club souffre sportivement, les supporters sont en colère, le président n’arrive plus à communiquer avec eux.
Quatre mois plus tard, on m’annonce la revente du club à des investisseurs américains. Dans le mécanisme de rachat du club (ça s’appelle un LBO en anglais), ils sont trois fonds d’investissement, chacun est en charge d’un maillon du schéma financier.
Je suis un des rares qui parle couramment anglais, je deviens un interlocuteur privilégié de l’un des fonds, GACP, celui qui est la vitrine officielle.
Le choix du président du club s’est alors posé entre deux candidats : Jean d’Arthuys, un communicant bordelais avec une solide expérience dans les médias, et Frédéric Longuépée, qui venait du PSG. Malgré une préférence commune de GACP et de M6 pour Jean d’Arthuys, King Street, le principal investisseur, a opté pour Longuépée.
Quelle est votre expérience avec Frédéric Longuépée ?
Ma première rencontre avec lui a donné le ton : « Vous ne parlez plus aux Américains, votre périmètre est trop large, je vais donc réduire vos responsabilités. Enfin je trouve que ça ne se passe pas bien pour vous ici. »
Dès lors, il a tout fait pour me compliquer la tâche sans jamais avoir le courage de me licencier.
Longuépée voulait gérer les Girondins comme le PSG, mais il n’a jamais réussi à comprendre l’histoire, la taille, ni la spécificité de ce club.
Ce décalage a marqué son passage et, malheureusement, cela s’est ressenti sur le fonctionnement et les résultats du club.
Vous avez été une victime collatérale du scandale des « Girondins Leaks ». Pouvez-vous nous en parler ?
Longuépée et le directeur de la billetterie ont tenté de renouer le dialogue avec les supporters, particulièrement mécontents à cause des prix des billets, en organisant des déjeuners.

Nous sommes fin 2019, début 2020, mais malheureusement pour eux, les Ultramarines, loin d’être dupes face à cette opération de communication, ont enregistré toutes les conversations et les ont diffusées sur Twitter. C’est ce qui est devenu le scandale des « Girondins Leaks ».
Mon nom est mentionné dans ces discussions. Les supporters m’avaient prévenu à l’avance, mais mon nom a tout de même été rendu public. Ce n’était rien de gravissime, mais c’est toujours désagréable de se retrouver exposé de cette façon sur les réseaux sociaux (Twitter en l’occurrence). C’est une des difficultés majeures de ce métier : tout est amplifié par la médiatisation. Si votre patron dit du mal de vous chez Pernod Ricard, cela ne finit pas sur internet.
Comment analysez-vous la descente des Girondins ?
C’est une véritable catastrophe pour Bordeaux et pour le football. C’est une chute lente mais inexorable. Gérard Lopez avait déjà connu une faillite avec Mouscron en Belgique et des terribles déboires financiers à Boavista FC, le club portugais. Les autorités publiques de Bordeaux n’ont pas suivi l’affaire avec l’attention qu’elle méritait.
Un club de football fait partie du patrimoine culturel et social d’une ville. Il appartient à ses habitants et à ses supporters. Il ne peut pas être géré comme une entreprise privée classique.
Dans une ville comme Marseille, Lens ou Saint-Étienne, une faillite de ce genre sans aucune intervention municipale aurait été impensable.
Lorsque les droits TV représentent 65 % du budget d’un club, cela génère des revenus qui peuvent conduire à une certaine inertie, sans incitation à se réinventer. Il serait judicieux de réfléchir à la mise en place d’un plafond salarial, comme cela existe dans le rugby ou le hockey. Cela permettrait une plus grande équité et une meilleure santé financière des clubs.
Que va devenir le stade Matmut, selon vous ?
Honnêtement, je ne sais pas, mais c’est un immense gâchis. La ville se retrouve avec un stade, le Matmut Atlantique, qui sera rebaptisé en 2025 puisque l’assureur retirera son sponsoring, qui ne sert quasiment plus à rien.
Il serait logique que l’Union Bordeaux Bègles (UBB) utilise le Matmut pendant les travaux, très attendus, du Stade Chaban-Delmas. Le stade devrait être perçu comme un atout pour la ville, mais je doute que ce soit le cas actuellement.
Je vais vous donner un exemple : lorsque Bruce Springsteen prévoit un concert dans la région, son équipe demande des devis. Bordeaux propose un devis comprenant un coût de location. San Sebastian, en Espagne, envoie également un devis, mais celui-ci indique un coût de location de zéro. La mairie de San Sebastian considère que l’impact touristique et économique qu’apporte la venue d’une star mondiale comme Bruce Springsteen compense largement l’absence de frais de location.

Après les Girondins, vous rejoignez l’UBB. Expliquez-nous cet interlude rugby de votre carrière.
C’est la fin de mon aventure aux Girondins, et je suis à deux doigts du burn-out.
En novembre 2019, un ami m’invite au stade Chaban-Delmas, où je fais la rencontre de Laurent Marti, le président de l’UBB.
Mon parcours professionnel s’est toujours construit au gré des rencontres et des opportunités. Lors de cette discussion, Laurent Marti me propose de reprendre les activités marketing et commerciales du club. J’accepte, et je rejoins l’UBB le 1er mars 2020. Deux semaines plus tard, le confinement commence.
J’ai d’ailleurs une anecdote amusante à ce sujet. Pendant le confinement, certains jeunes du centre de formation se retrouvent coincés à Bordeaux, sans possibilité de rentrer chez eux. Laurent Marti me demande si je peux héberger l’un d’eux pour quelques jours. J’ai deux fils à la maison, alors je me dis que ce n’est pas un problème d’accueillir un troisième jeune. J’imaginais un adolescent de 14 ans, comme c’est souvent le cas dans les centres de formation de football.
Mais quelle surprise quand je vois arriver un « gamin » de 19 ans, mesurant 2m04 et pesant 125 kg ! Il est finalement resté 40 jours chez nous, et mes deux fils ont adoré l’expérience, vivant leur meilleure vie avec ce colosse sous notre toit.
Vous découvrez alors l’univers du rugby professionnel ?
Le choc culturel entre Nike et les Girondins avait été important, mais passer des Girondins à l’UBB, c’est aussi un tout autre monde !
J’intègre l’UBB à un moment où le projet de rénovation ambitieux du stade Chaban-Delmas est encore en préparation. Mais rapidement, le club traverse des difficultés financières à cause du COVID (le stade est fermé et le championnat arrêté à la différence du championnat de football). Quelques mois plus tard, on pourra lire dans Sud-Ouest que « Jacques d’Arrigo va devoir être licencié pour des raisons économiques ». Mon passage à l’UBB aura été bref, mais intense.
Le projet Footbar et La Sportech
Vous êtes cofondateur de Footbar en charge du développement commercial notamment, pouvez-vous nous expliquer en quoi cela consiste ?
Footbar est un capteur que l’on fixe à l’aide d’un élastique autour du mollet, conçu pour les joueurs de football. Il permet de mesurer leurs performances physiques et techniques (ce qui n’est pas possible avec une montre connectée dotée seulement d’un GPS). Mon objectif est de lutter contre la sédentarité des jeunes en rendant la pratique sportive plus ludique et conviviale. Pouvoir visualiser ses performances, les comparer à celles de ses amis, ajoute une dimension motivante et engageante au sport.
Ce produit est-il destiné aux professionnels ou aux amateurs ?
Footbar s’adresse à tout le monde, mais surtout au grand public. L’objectif principal est de promouvoir la pratique sportive. Pour 59 € seulement, le joueur peut fixer le capteur à son mollet grâce à un bandeau élastique et accéder à toutes ses données de performance via une application.
Nous sommes déjà distribués chez de grandes enseignes en France et discutons avec des ligues de football. Par exemple, la fédération néerlandaise de football va équiper ses clubs amateurs. Ils ont saisi le potentiel de notre produit pour encourager les jeunes à pratiquer le sport dans un monde de plus en plus connecté, où la comparaison et le partage de performances jouent un rôle important.
Et la Fédération Française de Football, est-elle intéressée ?
J’aurais aimé qu’elle montre un esprit pionnier et saisisse l’opportunité plus tôt pour être honnête, mais il existe encore une certaine réticence à l’innovation technologique en France, notamment au sein de la FFF. C’est regrettable, car cela pourrait être une excellente occasion de moderniser son image et de recruter encore plus de jeunes garçons et de jeunes filles dans les clubs de foot. Nous avons tout de même un test en cours en Haute-Garonne auprès d’une dizaine de clubs amateurs. Qui sait, peut-être que ce test sera rapidement dupliqué au niveau national?
Vous êtes également président de la Sportech France. Quel est le rôle de cette organisation ?
La Sportech France est un collectif créé en 2019. Sa mission est de mettre en lumière les startups françaises qui allient technologie et sport.
Parmi nos membres, nous comptons des entreprises innovantes comme Sorare, créateur de cartes de joueurs virtuelles inspirées des albums Panini, mais en format NFT ; Mon Petit Gazon, une fantasy league de football ; ou encore Natural Grass, qui propose une technologie hybride pour les pelouses de terrains de football, réduisant les blessures et optimisant la consommation d’eau.
Le potentiel économique de ce secteur est immense. Lors de l’édition 2023 de Vivatech, j’ai eu l’occasion de présenter l’initiative à Amélie Oudéa-Castéra, alors ministre des Sports. Cela a abouti à la signature d’une convention avec le ministère des Sports et celui chargé du numérique.
Et pour la suite, quels sont vos projets, à Bordeaux ou ailleurs ?
Je vis à Bordeaux depuis 7 ans maintenant, mais l’international commence à me manquer.
J’ai la chance de pouvoir discuter avec Raphaël Varane qui travaille avec le club italien de Côme, Blaise Matuidi, qui est installé à Miami et d’autres acteurs du sport moins connus au Moyen-Orient ou au Maroc. La popularité du football (soccer) a explosé aux États-Unis ces dernières années, et les opportunités y sont énormes. Avec la Coupe du Monde 2026 co-organisée par les États-Unis, le Mexique et le Canada, il y aura beaucoup à faire.