Le dénicheur de talents de l’UBB

Jean-Baptiste Dubié

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Jean-Baptiste Dubié

Responsable de la filière Jeunes de l'Union Bordeaux Bègles Ancien Joueur de Rugby Pro (Stade Montois et UBB)

Jean-Baptiste Dubié est un ancien joueur pro de rugby (Club Montois et UBB) et vient de rejoindre l'UBB comme responsable de la filière jeunes. Il est en charge de repérer les talents et les jeunes joueurs pour le centre de formation du club de rugby Union Bordeaux Bègles. Je rencontre Jean-Baptiste Dubié un vendredi de novembre, en fin de journée, au siège du centre de formation du club de rugby de l’Union Bégles-Bordeaux. En poste depuis deux mois, il est accompagné de Nicolas Zenoni ; son prédécesseur, qui assure la transition pour quelques semaines. Jean-Baptiste affiche un enthousiasme débordant pour son nouveau rôle, se montre bavard et curieux, visiblement heureux de partager son expérience et cette nouvelle étape de sa vie. Bien qu’il ait reçu mes questions quelques jours auparavant, je commence notre entretien en lui demandant de se résumer en cinq dates. Il réfléchit un court instant, puis me répond avec entrain : « Je suis un enfant de terroir, d’Argelès-Gazost, et cela compte beaucoup pour moi ».

22 novembre 2024 – Bègles

Première Partie : D’Argelès-Gazost à l’UBB, en passant par l’Australie

Si vous deviez vous résumer en cinq dates ?

1989 – Ma naissance. Je suis né à Argelès-Gazost, dans les Hautes-Pyrénées. j’y ai peu vécu, car nous avons déménagé dans l’Ariège quand j’avais 4 ans, mais mes racines restent là-bas. Le rugby commence à cette époque. A Argelès-Gazost, le dimanche à 15h on joue au rugby en famille !

1999 – Arrivée à Mont de Marsan. A 10 ans, ma famille s’installe à Mont-de-Marsan où je resterai jusqu’à mes 25 ans, avant mon départ pour l’UBB. C’est là que tout commence. Je m’inscris au Stade Montois, un club formateur, et avec qui je grandis et évolue, je me fais plein d’amis, on devient pro et voilà c’était lancé !

A ce moment je l’interromps :

Attendez, Jean-Baptiste, vous avez 10 ans vous jouez au Stade Montois avec vos amis…et boum vous devenez pro ? Ce raccourci est un peu rapide, non ? Moi, à 10 ans, au Stade Montois, je vous garantis que je ne deviens pas pro !

Bien sûr, il y avait un peu de talent, mais à cet âge-là, on ne réalise pas. Je jouais pour le plaisir, je donnais tout. Mont-de-Marsan c’était une grande famille, un grand club avec peu de moyens. Je veux dire par là, que j’ai commencé ma carrière assez naturellement, je m’amusais, j’aimais ça et je ne m’en sortais pas trop mal.

2007 – une année décisive. En 2007, deux évènements marquants. D’abord, avec les juniors : les « Crabos », nous devenons champions de France des moins de 19 ans. C’est une expérience inoubliable, entouré de tous mes copains du club.  

Puis, à 18 ans, je joue mon premier match professionnel : Toulon-Stade Montois. Ce jour-là, Toulon aligne des légendes du rugby comme George Gregan, Andrew Mehrtens ou Umaga, des joueurs dont j’avais les posters dans ma chambre ! Je suis encore au centre de formation, mais je suis inscrit sur la feuille de match car le club joue sa remontée au top 14 la semaine suivante lors d’un match clé, et ménage son équipe principale. Nous perdons lourdement (70 points encaissés !), mais nous marquons deux essais. J’en inscris un, et mon meilleur ami marque le second. Mes parents me prennent en photo, je prends des selfies avec les stars : je suis comme un gosse !

A partir de là, ça va s’enchainer, car je continue en pro au stade Montois, et quelques jours plus tard, on remonte au Top 14 !

2015 – Mon arrivée à l’UBB. Après plusieurs années au Stade Montois, je rejoins l’Union Bordeaux-Bègles en 2015. Laurent Marti, le président, m’avait déjà approché en 2013, mais le club montois souhaitait me garder jusqu’à la fin de mon contrat. En 2015, l’opportunité se présente enfin : Revenir en Top 14 tout en restant dans la région.

Laurent Marti (président de l’UBB) et l’enthousiasme de tout le staff à m’accueillir, ont beaucoup pesé dans ma décision de les rejoindre. Cela joue beaucoup dans le choix d’un club.

Quel est le meilleur souvenir de votre carrière ?

Sans hésitation, la montée de Mont-de-Marsan en Top 14 en 2012 ! J’étais entouré de mes amis de toujours, dans ce club où tout avait commencé pour moi. Nous affrontions Pau au stade Chaban-Delmas : ce n’était pas seulement une victoire sportive, mais aussi une histoire d’amitié. Revenir en Top 14, quatre ans après notre première montée en 2008, qui coïncidait avec mes débuts en pro, avait une saveur toute particulière.

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Est-ce difficile de prendre sa retraite après une carrière au plus haut niveau ?

C’est extrêmement difficile.

J’ai pris ma retraite à 35 ans. C’est dingue quand on y pense, c’est un âge où la plupart des gens sont en plein essor professionnel, réfléchissent à leur carrière et à leur vie de famille, alors que nous, les sportifs, devons déjà envisager une seconde vie et nous réinventer complètement.

J’ai eu énormément de chance. Lorsque j’ai décidé d’arrêter, j’avais ce projet de partir en Australie pour vivre une expérience avec ma compagne et réfléchir à mon avenir. Laurent Marti a énormément facilité cette transition : il m’a proposé de prolonger mon contrat pour quelques mois supplémentaires pendant la période de coupe du monde et m’a offert la possibilité de revenir au club après mon séjour en Australie dans un tout nouveau rôle.

Pourquoi avoir choisi de passer une année en Australie ?

J’ai toujours été attiré par l’étranger. Dès mes débuts à Mont-de-Marsan, je cherchais à aller vers les joueurs étrangers, à découvrir leur culture, et j’essayais de communiquer avec eux. C’est comme ça que j’ai appris l’anglais : en passant du temps avec eux, et même en allant leur rendre visite pendant mes vacances.

J’ai toujours rêvé de vivre une expérience à l’étranger, mais tant que je jouais en Top 14, il n’y avait pas vraiment d’intérêt à partir. Le championnat français est l’un des meilleurs au monde, et tant que j’avais la chance d’y évoluer, je préférais y rester. Cette aventure australienne faisait donc partie de mes objectifs pour l’après-carrière.

Qu’avez-vous fait pendant vos dix mois en Australie ?

Depuis quelques années, j’étais ambassadeur pour la France de Budgy Smuggler, une marque de maillots de bain australienne. Le président de la marque, avec qui j’ai tissé des liens, m’a proposé un poste dans son entreprise. J’avais également envie de jouer au rugby là-bas pour découvrir une autre approche du sport.

Pendant la journée, je travaillais au service marketing de Budgy Smuggler, où j’étais chargé du développement de la marque en France. Le soir et le week-end je jouais au rugby dans ce club amateur. Ma femme travaillait également pour la marque, mais elle avait plus d’expérience que moi dans un environnement professionnel : elle avait déjà monté sa propre entreprise. De mon côté, c’était mon tout premier « vrai » travail de bureau, une expérience totalement nouvelle pour moi !

Votre femme est également une sportive de haut niveau, ancienne basketteuse. A quoi ressemble une semaine de vacances chez les Dubié ?

C’est effectivement très sportif, je vous le confirme ! Impossible pour nous d’imaginer une journée sans au moins une séance de sport dès le matin. C’est une nécessité pour tous les deux, cela fait entièrement partie de notre mode de vie.

Comment avez-vous décidé d’accepter le poste de responsable de la filière jeunes, chargé de la détection et du recrutement des talents à l’UBB ?

Je n’avais jamais envisagé un tel rôle. Pendant que je réfléchissais à l’après-carrière, Laurent Marti m’a parlé de ce poste. Mon expérience dans un club formateur comme Mont-de-Marsan, puis à l’UBB, était un atout, car j’ai traversé les mêmes étapes que les jeunes que nous recrutons et je connais bien les enjeux.

Même si ce poste n’était pas dans mes plans, j’ai tout de suite été séduit par le projet. J’ai eu une chance incroyable : partir vivre une aventure en Australie avec ma femme tout en sachant que, à mon retour, un projet passionnant m’attendait à l’UBB !

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Deuxième Partie : la détection et le recrutement des talents à l’UBB

Nous menons cette discussion avec Jean-Baptiste et Nicolas, dont l’expérience et les anecdotes enrichissent le dialogue.

Quelles sont les étapes du recrutement des jeunes à l’UBB ?

Les étapes sont globalement les mêmes dans tous les clubs : il faut d’abord détecter les talents, puis les recruter.

Pour la détection, c’est relativement simple. Tous les clubs utilisent des méthodes similaires : nous avons un réseau étendu, des agents qui nous envoient des vidéos depuis la France et l’étranger, des matchs que nous observons, et des équipes qui se déplacent. Si un jeune talent émerge, il est très probable que nous l’ayons repéré.

Jusqu’à 17 ans, nous recrutons surtout au niveau régional et national, mais ensuite, cela devient international, et la compétition avec les grands clubs mondiaux s’intensifie.

Comment se démarquer des autres clubs ?

La différence ne se joue pas sur le contrat, car ils sont similaires dans tous les clubs. Ce qui fait la différence, c’est notre capacité à montrer au jeune et à sa famille que nous tenons réellement à ce qu’il nous rejoigne.

Quand j’ai été recruté par l’UBB en 2015, j’ai ressenti cette envie forte de la part du club, et c’est très motivant. Nous essayons donc de mobiliser l’ensemble du club pour convaincre un joueur. Par exemple, si un concurrent accueille un jeune avec tout le staff et son président, alors que de notre côté, le président n’est pas disponible ce jour-là, cela peut jouer en leur faveur. La présence de figures importantes montre au jeune et à sa famille à quel point le club est engagé.

Ma présence et mon expérience personnelle peuvent peut-être permettre aux jeunes de s’identifier et aux familles de se rassurer sur l’avenir de leur enfant.

Comment choisissez-vous les profils à recruter ?

Avant 16 ans, nous cherchons simplement les meilleurs talents, sans nous focaliser sur les besoins spécifiques de l’équipe. Nous voulons recruter ceux qui pourraient devenir des stars de demain, quel que soit leur poste.

À partir de 16 ans, nous prêtons plus attention aux besoins du club. Le staff peut nous indiquer des postes prioritaires, mais cela ne nous empêche pas de recruter des joueurs prometteurs à d’autres positions.

Comment gérez-vous les attentes des parents ?

La clé est la transparence. Parfois, les parents ont des attentes irréalistes sur l’avenir sportif de leur enfant. Mais, en général, les faits parlent d’eux-mêmes : si un joueur joue peu et est rarement sélectionné, il est logique qu’il ne devienne pas professionnel. La famille est généralement consciente de cette réalité.

Cependant, il arrive que nous nous trompions : un joueur prometteur peut ne pas répondre aux attentes. Dans un sport comme le rugby, où le physique joue un rôle crucial, certaines mauvaises surprises peuvent survenir en raison de l’âge de la maturité physique qui peut ne pas évoluer comme nous l’espérions. Cela fait partie de la vie sportive.

Est-ce que certains parents refusent que leur enfant devienne joueur professionnel ?

(Nicolas se souvient immédiatement d’un cas).

Cela ne m’est arrivé qu’une fois. Un jeune talentueux, aux portes de l’équipe de France junior, a vu ses parents refuser qu’il continue en professionnel. Sa mère, professeure, souhaitait qu’il privilégie ses études et intègre une classe préparatoire. Le jeune semblait aligné avec ce choix familial, donc il n’y a eu aucun regret.

On entend souvent dire que le rugby est devenu plus dangereux qu’avant, qu’en pensez-vous ?

Le rugby est aujourd’hui plus rapide, et il y a davantage de chocs et de commotions. Cependant, les mesures de sécurité ont considérablement évolué. Dans les clubs professionnels, la santé des joueurs est une priorité absolue.

Les accidents graves surviennent malheureusement plus souvent dans les clubs amateurs, mais des efforts importants sont faits en termes de formation et de prévention.

Que pensez-vous des universités américaines qui combinent études et sport de haut niveau, comme l’a mis en lumière Léon Marchand et sa médiatisation lors des JO ?

En rugby, nous avons la chance que la formation scolaire soit essentielle. En France, il n’est possible de devenir professionnel qu’à partir de 23 ans, grâce à une règle de la fédération qui impose un « double projet » alliant sport et études.

Quand j’ai commencé en rugby il était encore possible de satisfaire à cette obligation en suivant des formations un peu bidon, mais la fédération maintenant est extrêmement exigeante sur la réalité de la formation suivie et sur la performance scolaire. Un jeune joueur comme Louis Bielle-Biarrey, est par exemple étudiant en école de commerce à Kedge en parallèle de sa carrière pro et je peux vous dire que c’est très important pour lui et ses parents !

A l’UBB, nous avons deux personnes à temps plein, en charge de l’accompagnement du parcours scolaire des joueurs. Cela signifie, les aider à trouver des formations, les accompagner dans leur quotidien, s’assurer de leur engagement scolaire.

A ce jour, nous avons 40 joueurs qui sont passés par notre centre de formation et qui jouent actuellement dans un championnat professionnel.

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les recos d'Atypical

ses rubriques atypiques

007 in Bordeaux

James Bond, je l’imagine parfaitement dans une scène tournée aux Bassins à Flots : avec les jeux de lumières et l’ambiance industrielle, ce serait spectaculaire.

La Dune du Pilat par contre, ça c’est pour Mission Impossible. J’imagine Tom Cruise sautant d’un avion de chasse en plein vol, atterrir dans une villa avec piscine, et il repart sur le banc d’Arguin en pinasse ! Une scène d’action qui n’en finit plus !

Bordeaux en 2050

Bordeaux en 2050, tu ne peux plus circuler, il y a des vélos partout, tu ne comprends plus rien aux sens de circulation, c’est la pagaille totale !

Missing in Bordeaux

Un véritable coffee shop digne de ce nom, qui ouvre avant 7h30, juste quand on a vraiment besoin d’un café, et pas à 9h30 ou 10h!

C’était mieux avant ….ou pas

Ce qui était mieux avant, c’était l’absence de ces petites voitures automatiques qui détectent immédiatement si vous n’avez pas payé le stationnement. J’ai vu qu’on les appelait les « sulfateuses à PV » !

Aujourd’hui si tu passes un coup de fil dans ta voiture avant d’acheter ton ticket, la voiture automatique ne fait aucune concession. A l’époque, on pouvait au moins discuter avec un agent !

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