18 novembre 2024 – Blanquefort
Si vous deviez vous résumer en cinq dates ?
10/11/1975 : Naissance à Cenon
24/12/2001 : Naissance de ma 1ère fille
10/04/2004 : Naissance de ma 2ème fille
01/10/2007 : Changement de carrière après 10 ans chez Coca Cola, et arrivée chez Voltéo, entreprise familiale auprès de mon père et ma sœur
01/05/2014 : Reprise des Boxers de Bordeaux
Vous êtes directeur général de Voltéo, une entreprise spécialisée en batteries, et vous reprenez le club des Boxers en 2014. Comment passe-t-on de la vente de batteries à la direction d’un important club sportif ?
Le sport a toujours fait partie de ma vie. En 1997, alors que j’étais encore étudiant en école de commerce, j’ai créé Footbalito, un évènement sur la Place des Quinconces, inspiré d’une mini Coupe du Monde de football. Ensuite, j’ai passé dix ans chez Coca Cola et grâce au sponsoring d’évènements sportifs, j’ai continué à évoluer de manière assez proche de l’écosystème.
En 2013, je ne connaissais rien au hockey, et je ne sais absolument pas patiner, mais j’avais assisté à quelques matches des Boxers en famille, et c’était devenu une activité qui plaisait à tous. J’ai eu l’opportunité de rencontrer Stéphane Tartari, alors manager du club et j’ai décidé de devenir partenaire pour aider le club, qui devait se structurer.
Stéphane m’a proposé de m’impliquer dans le projet. Je suis devenu actionnaire principal et président du club en 2014.

Depuis des Canadiens ont rejoint le club. Comment cela s’est-il passé ?
C’est arrivé un peu par hasard. Jean Bédard, un homme d’affaires canadien et président d’un grand groupe de restauration (notamment de la chaine La Cage) venait d’ouvrir son premier restaurant en France, à Bordeaux.
Intégrer des investisseurs canadiens, pays où le hockey est un sport emblématique, représentait une opportunité précieuse : bénéficier de leur expérience internationale et de leur culture du sport, tout en renforçant la notoriété des Boxers.
Jean Bédard, Jacques Tanguay (autre homme d’affaires québécois passionné de hockey), et Patrick Roy (ancien joueur de la NHL, et quadruple vainqueur de la fameuse Coupe Stanley), sont entrés au capital des Boxers à hauteur de près de 20%.
Dans la presse, on a évoqué un budget de 50 000€ pour ces 20%. Cela semble faible au regard des enjeux et des responsabilités liées à la gestion d’un club comme les Boxers ?
Les chiffres avancés dans les médias étaient totalement infondés, de simples approximations.
Cela dit, il est vrai que le budget d’un club de hockey reste bien plus modeste comparé à des disciplines comme le football ou le rugby. Le budget des Boxers s’élève à 2.8 millions d’euros. Cela reste nettement inférieur aux budgets des clubs de football, par exemple. Sans les revenus des droits TV, nous ne sommes plus du tout dans les mêmes business models.
Etes-vous impliqué dans le recrutement des joueurs ?
Non, ce n’est pas mon rôle. Le staff technique s’en occupe.
L’entraîneur entraîne, le manager gère et le président préside. Je n’ai pas les compétences techniques pour évaluer les besoins de l’équipe ou recruter des joueurs.
Cela dit, je valide les aspects budgétaires ainsi que les profils et les valeurs des joueurs. Je suis particulièrement attaché aux valeurs sportives et humaines du club. J’insiste souvent sur l’importance du respect envers les équipes, le public, les bénévoles, et sur la nécessité d’éviter tout comportement déplacé ou propos inappropriés.
Bordeaux est-elle un atout pour attirer des joueurs, notamment étrangers ?
Oui, Bordeaux est une ville attrayante, mais cela a un coût. Le package proposé aux joueurs inclut le logement, et la hausse des prix de l’immobilier renchérit donc le budget de recrutement.
Cependant, Bordeaux reste un atout, grâce à sa localisation, sa qualité de vie, et le potentiel sportif du club. La présence d’une grande patinoire en plein centre-ville et d’un réservoir de public significatif, ajoute également à son attractivité pour des joueurs internationaux.
A noter, qu’en France, nous avons l’obligation d’avoir au moins 50% de joueurs français sur la glace lors d’un match, ce qui impose un certain équilibre dans la composition de l’équipe.
Il existe « Salary Cap » (plafond salarial) en hockey. Comment cela fonctionne ? Aux Etats-Unis, j’ai lu qu’il s’agissait d’un plafond absolu (88 millions de dollars pour 2024-2025). Et en France, comment cela marche-t-il ? Quels en sont les avantages ?
En France, en hockey sur glace, c’est un peu différent : le plafond salarial est proportionnel au budget du club. L’objectif principal du plafond salarial est d’assurer une certaine stabilité financière aux clubs et d’éviter les excès budgétaires, tout en maintenant un certain équilibre compétitif.

Le hockey sur glace a la réputation d’un sport violent, notamment en raison de bagarres parfois spectaculaires entre joueurs qui sont autorisées. Quel est votre avis sur le sujet ?
Je pense que cela fait partie du spectacle et de l’esprit du sport. Contrairement à l’idée reçue, le hockey n’est pas un sport violent, mais il est physique. C’est un sport de contact, avec des renvois parfois brutaux contre les parois.
Les bagarres ne sont pas générales, mais concernent uniquement deux joueurs à la fois. Lorsque deux adversaires ont un différend à régler, il est admis de leur permettre de le faire, sous le contrôle de l’arbitre.
Ce moment, où les joueurs retirent leurs gants, et leurs casques pour en venir aux mains, a aussi pour fonction d’évacuer les tensions et de permettre au jeu de repartir sur une nouvelle dynamique. Cela fait entièrement partie de ce sport.
La descente des Girondins de Bordeaux a-t-elle constitué une opportunité pour les Boxers d’attirer une partie de leur public habituel ?
Je n’aime pas trop parler d’ « opportunité », car avant tout, pour les bordelais, la relégation des Girondins a été un moment de grande tristesse.
J’ai le sentiment que l’espace médiatique laissé vacant par les Girondins a permis à d’autres disciplines de gagner en visibilité, notamment le hockey, mais aussi le volley-ball ou le hand-ball féminins, qui connaissent un bel essor sportif à Bordeaux.
La France va accueillir le Mondial de Hockey en 2028. Est-ce une grande opportunité pour le hockey sur glace dans notre pays ?
J’ai eu la chance de vivre le Mondial 2017, organisé conjointement par la France et l’Allemagne. Cette fois, la France sera le pays hôte, avec des matchs disputés dans deux grandes arénas à Paris et Lyon.
Avant cela, les JO d’hiver 2026 en Italie offriront déjà une belle exposition au hockey sur glace, avec des chances pour la France d’être repêchée si jamais la Russie ne peut participer. Et en 2030, les JO d’hiver reviendront en France.
A Bordeaux, nous avons la chance d’avoir notre gardien qui évolue en équipe de France, ainsi que d’autres joueurs qui sont également sélectionnables. Ce genre d’évènements internationaux est une vitrine exceptionnelle pour le sport et nos talents locaux.